Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 19:48



Un béret est assis sous cet amandier incroyable aux ramures complètement immobiles. Pas un souffle. Sous le béret, Benito respire à peine. Sa vie s'est mise à l'unisson de l'heure torride. Benito ne s'appelle sans doute pas Benito. Peut-être Ravier ou Miguel... Peu importe. Benito n'a pas bronché à mon passage sur ce chemin brûlant et poussiéreux. Pourtant je sais que son oeil clair en embuscade, là, juste sous le feutre noir, m'a jugé. A ma démarche. A mon regard. A mon accoutrement. A ma manière de regarder les choses. Quand je me suis retourné, l'oeil, espiègle, semblait fermé depuis des heures. Mirage. Les potagers en espaliers sont en feu sous le soleil. Pourtant les légumes sont verts, rouges, oranges, jaunes, éclatants et gorgés de pulpe savoureuse. Le secret de Benito, je le découvrirai à la nuit tombée. Une source claire et chantante. Cachée. Domptée. Et des canaux savamment creusés dans la terre ocre pour abreuver le jardin la nuit. Comme ces gouttes silencieuses qui s'élancent du front plissé de l'homme pour emprunter les sentes harmonieuses des ridelles qui racontent si clairement les rires et les souffrances. Benito est en accord. Avec lui, avec sa vie, avec ses gestes, avec ses mots, avec sa terre, avec sa vieillesse. Les oliviers, amandiers, abricotiers, vieux torturés paisibles ou jeunes trop raides à défier le ciel,  balisent les sentes compliquées de sa vie. Pourtant simple. Pourtant ordinaire. Mais c'est sous ce vieil amandier fatigué qu'il repose chaque jour sa carcasse usée. Le tronc le plus respectueux. Tourmenté par les ans. Celui à qui il parle, sans respirer, du temps "d'avant" comme pour éviter d'évoquer celui, bien maigrichon, qu'il lui reste à arpenter. Ici pas de barrières, de clôtures, de chiens de garde, de miradors, de digicodes, de caméra de surveillance. Ici la terre vit librement, s'échange, respire, se prête, se travaille, se discute, avance, recule, s'adapte aux besoin de l'un, de l'autre. Ici on respecte. Simplement on respecte. Et on s'étreint en silence.



Devant mes yeux, au détour du regard, au détour du chemin chaud, le village blanc. Sans vie à ces heures pleines de feu. Et puis, juste au-dessus, ces monstrueux cigares de poudingue rouge, incroyables monolithes sculptés par l'érosion millénaire. Le Firé, le Pison, la Visera, Mallo Colorado, Mallo Chichin... voies mythiques et sentes ardues, serpentins aériens, mystérieusement accrochés aux étoiles. C'est pour eux que je suis venu. Pour ces joyaux majestueux du royaume d'Aragon, paradis des grimpeurs qui partagent l'espace vertical avec les vautours fauves, nidifiant dans les parties basses, plus friables, et dansant, infatigables, dans les cieux argentés au gré des ascendances divines.


Los Mallos de Riglos. Ma première étreinte avec cet Aragon qui devient au fil de mes escapades par delà les crêtes un refuge vital à mes rêveries essentielles. Cinquante ans pour venir fouler cette terre si proche. Pour rendre hommage à ce pays rendu exsangue par un franquisme moribond, condamnant espaces et équilibres en une désertique débandade et un gigantesque gâchis. Les villages abandonnés et en ruines, où seuls les ronciers serrés ont  survécu à l'exode brutal, sont des sanctuaires de plénitude. Silences. Bruissements. Mystères. Des pierres qui parlent "d'avant" qu'il faut savoir écouter. Surprendre. Des ruines en équilibre qui crient encore un peu pitié. Des restes de vie, des miettes de bonheurs passés. S'asseoir au beau milieu d'un village sans vie. Ecouter le poul faible, à l'agonie depuis de trop douloureuses années, mais qui bat encore dans quelques vibrations à peine perceptibles. Fermer les yeux et apprendre à reconnaître un à un ces gens fatigués qui poussent la porte de la maison, le soir, au retour des champs, s'attablent autour de ce banc sous la treille qui écoute la voix mélancolique des anciens pressés de se raconter, les chiens qui se disputent un "reste" jeté par la fenêtre, les chants qui monteront à la nuit câliner les étoiles et remercier le bon dieu.


L'Aragon est une terre d'amour.

L'extrait précieux de sang ibère qui a trouvé refuge dans mes veines, héritage inespéré de ma merveilleuse mémé Malile, venue de la province de Lerida, a subitement  pris possession de mes canaux de vie. Comme un tourbillon, brûlant et pressé.

Bizzarement la langue m'échappe.  Je me refuse, sans raison à m'y  atteler. Je sais que je dois respecter les hommes qui m'ouvrent leur bras et faire l'effort de les comprendre pour pouvoir les aimer mieux. Je me réfugie derrière ce bonheur que j'ai à parler aux regards par le regard. Je m'obstine à considérer que c'est un pan de ma liberté de n'être pas compris et de ne pas comprendre. Parce que ça m'arrange aussi sans doute. Ce côté mystèrieux et inaccessible a une subtile saveur sucrée. Un goût de miel. De défendu. D'imprévu. Mais ma piètre ignorance de la langue ibérique a forcément ses limites. Ainsi, croyant commander dans un restaurant de Broto, une belle escalope de veau dite "broto" aux patates dorées et délicatement persillées, il me fût servi une belle paire de pieds de porcs nageant dans une mixture douteuse qui me fit jurer mordicus de me mettre dès le lendemain à l'apprentissage intensif et vital de l'espagnol culinaire. Seul le Somontano "tinto" et millésimé sauva les apparences. Là, je ne m'étais curieusement pas trompé.

Depuis mes pas ont arpentés ces terres arides, maquillées de thym, de romarin, de lavande, ces sierras incroyables de Guarra, du rio Vero, du Mascun, les descentes vertigineuses dans la Péonera de l'ami Tito, les canyons magiques d'Ordessa, les fajas abruptes qui défient le Mont Perdu, la dalle calcaire qui ouvre le ciel vers la dernière cheminée qui défend le sommet de l'Anayet... ma quête est encore pleine, passionnée et prometteuse.

Je n'ai pas encore trouvé ce que je cherche. Mais je sais que c'est par ici que je le trouverai. Mon regard le sent. Mon coeur le sait. Benito l'a bien compris. Alors il me faut repartir et fouiller encore... 

Par MEYER
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 12:25



"Être dans le vent,

c'est l'idéal des feuilles mortes."


Jean Guitton

Par MEYER
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 09:32





"Je n'aime pas du tout, mais alors pas du tout ce que vous faîtes!".

Une claque. Comme quand gamin, le maître vous rendait la copie dont on savait la médiocrité et le verdict impitoyable à venir. Sauf que je suis attablé au forum des écrivains en ce frileux décembre. Au milieu de cette grande salle avec des stands d'écrivains, de maisons d'édition, des grappes de curieux, de passionnés, de lecteurs potentiels même, si, si je vous assure. Que mon éditrice est à mes côtés. Belle. Pimpante. Et que la pile de mes bouquins en équilibre devant moi n'est pas assez haute pour que je tente une dissimulation immédiate de ma frèle morphologie touchée mais pas coulée. Echanges de regards intrigués entre nous. Elle, moi. Moi, elle. Lui, moi. Moi, lui. Elle, lui. Bon jusqu'alors, on ne peut pas dire que j'avais croûlé sous les ventes en cette matinée dominicale. Mais bon, çà et là quelques mots flatteurs, quelques échanges ensoleillés, quelques dédicaces courtoises... Mais là, c'est l'olibrius qui manquait au tableau. La touche finale. Le personnage qui casse.

"Je n'aime pas du tout ce que vous faites".
Bon, il récidive. Un peu plus fort. Les gens commencent à se retourner. La honte n'est pas loin... je la sens qui arrive subrepticement... Mon adorable éditrice sauve momentanément le naufrage prévisible : " Mais vous avez bien le droit, mon bon monsieur." Me sentant soutenu, je lui emboîte le verbe :"Mais qu'avez- vous lu de moi pour être si catégorique ?". La réponse est cinglante tout en manquant cette fois d'originalité : "Je n'aime pas du tout!". Je continue : "D'accord, mais vous n'aimez pas quoi? Mes mots, mon style, mes sujets, ma manière de...?".  Il ne me regarde même pas : "Tout ça oui!". L'homme en veston de flanelle avec son petit cache-col en soie commence à tailler sacrément dans ma patience légendaire. Mon éditrice, me voyant le nez dégoulinant de moutarde forte, reprends la main : " C'est dans le journal que vous le lisez?". Mon fan du jour acquiesce :"Oui, dans Le Petit Bleu. Et je n'aime pas du tout." Je pensais alors en moi même qu'il confondait peut-être avec la recette de cuisine irréalisable qui jouxtait chaque jour mes nouvelles saucissonnées en feuilleton quotidien. Je m'entendis simplement et posément lui rétorquer : " Vous savez, il en est de la littérature comme des épinards. Si on ne les aime pas, il est déraisonnable de s'en resservir". Je vis à son regard une grande suspicion à mon égard. Mon supporter inavoué qui tripotait sans délicatesse mon livre depuis quelques minutes le lança violemment sur la pile de ses congénères, menaçant ainsi mon fragile équilibre littéraire, et dans une sortie téhâtrale de bonne facture, pivotant sur lui-même avec une gestuelle bien appropriée, libéra l'espace en criant assez fort pour que je sois maudit pour les quinzes générations à venir :" Bahhhh!! Je n'aime vraiment pas, mais alors pas du tout!"

Nous partîmes de concert dans un éclat de rire spontané, nerveux et libérateur pendant que le lascar ruminait, en déambulant, sa platrée d'épinard frais. On le vit cheminer de table en table de stand en stand à la recherche de la suite du menu indigeste. Intrigué, je quittai mon poste d'observation et m'approchai discrètement de l'auteur face auquel il s'était planté tout droit. Et ce que je pressentis s'avéra  fondé.
"Je n'aime pas du tout, mais alors pas du tout ce que vous faîtes!" lança-t-il à l'homme de lettre médusé. Et de repartir dans son tripotage de bouquin. C'est alors qu'on vit arriver du bout de l'allée, une dame faisant de grands gestes désespérés. Elle arriva à notre hauteur, prit le monsieur par le bras et l'entraîna affectueusement en s'excusant : " Désolé messieurs dames s'il vous a quelque peu importuné, pardonnez-moi, je dois le surveiller comme le lait sur le feu. Le pauvre a quelques soucis neuro-dégénérescents. Je discutais à l'autre bout et il m'a encore échappé."

Je souris doucement, amusé et compatissant en regagnant ma place.

Une jeune femme paradait autour d'une grappe de gens "bien comme il faut" devant ma table. Elle me fit quelques louanges exagérées sur mes écrits débutants. Elle n'avait visiblement pas lu mon livre. Elle fût surprise par mon regard vide et mon manque d'intérêt. Elle se donnait pourtant tant de mal. Encore sur le coup de mon admirateur précédent, je ne crus pas un traitre mot de ce qu'elle vantât à sa cour. Trop lyrique, enflammé, déplacé, mondain... pas mon livre du tout!
Les écrivaillons du dimanche ne sont jamais content...
J'entendis mon subconscient parader : "Je n'aime pas du tout, mais pas du tout ce que vous faites!"
Mon éditrice était blême devant mon indifférence et s'ingéniait à me booster sans résultats probants.

Je sus après qu'il s'agissait d'un critique littéraire très influent qu'elle avait eu bien du mal à convaincre...

Par MEYER
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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 13:06


" La vie est faite de naissances secrètes. "


René Daumal

Par MEYER
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 16:35



L'automne 2000, nous avait expédié ses liasses de feuilles mortes qu'il ne nous restait plus qu'à ramasser à la pelle... tu vois, je n'ai pas oublié.... Même le fisc, profitant du dépouillement des branches et de nos regards distraits pris dans le tourbillon, avait glissé les siennes dans nos boîtes à lettres. Bien vivantes celles-là. Le nouveau millénaire nous martelait ses espérances folles... on faisait semblant d'y croire. Mon éditrice, adorable mais diablement dynamique, m'organisait mes fins de semaines, de fêtes du livre en salons, de réceptions en dédicaces. Ecrire  "Queues de poissons" m'avait donné bien du plaisir et une excitation exaltante, battre la campagne pour promouvoir le bébé, m'était une corvée. Ma maison d'édition avait négocié avec le journal local, en échange de beaux articles, le droit de publier mon ouvrage en feuilleton quotidien. 

Ainsi fut fait. Mes contes et nouvelles se trouvaient exposés des semaines durant, du petit café noir du matin aux lectures digestives d'après dîner, dans les foyers, dans les cafés, dans les tabacs-papeteries, servait de réceptacle aux pelures de patates aussi, de sèche-chaussures roulés en boule dans chaques pieds, pour envelopper les litrons de Préfontaine étoilé, et toutes sortes de situations cocasses et  imprévues dont je taierai ici les détails.

C'est ainsi qu'Eliane est arrivée dans ma vie. Par la boîte à lettres. Feuille parmi les feuilles. Dans une enveloppe. Pliée en quatre. Une lettre émouvante, surprenante, inattendue. Des mots touchants, réconfortants. Presque des mots d'amour. Jour après jour, par l'intermédiaire du journal, elle se reconstituait mon livre, patiemment, découpant le feuilleton qu'elle collectait et qu'elle classait. Bouleversé, je décidais de la contacter. Le phantasme de l'écrivain, le goût sucré de la rencontre, de l'aventure coquine.  Elle devint de suite dans mon esprit, belle, rayonnante, délicieuse, cultivée, idéalement proportionnée, désirable... stop! Bref je me l'idéalisais rien que pour moi. Pas partageur du tout. Les mots et le langage tenus m'incitaient à penser, pauvre ego narcissique de l'écrivaillon pitoyable, qu'elle ne pouvait être qu'amoureuse de moi, offerte, conquise, à mes pieds aux chevilles soudain disproportionnées. C'est pourtant avec une chair de gallinacée genre poule mouillée que je composai le numéro de téléphone mentionné sur la missive parfumée et prometteuse. La voix me surprit. Je demandai poliment à cette grand-mère au demeurant fort agréable, si je pouvais parler à la dénommée Eliane. Sa fille ou petite fille sans aucun doute. La réponse me figea quelque peu. Je la fis même, je crois, répéter. Une troisième fois ne me suffit pas, je la harcelai d'une quatrième demande identique. La sentence me fut terrible. Je parlais à Eliane. Tout un pan de mon imaginaire s'effondrait. Mes phantasmes lubriques avec.

Mais que de tendresse dans ses mots à mon égard, que d'affection, que de sensibilité. Eliane ne m'avait jamais vu mais me connaissait tellement. Eliane avait fait la pige à 90 printemps qui l'avaient vue passer du sein maternel, à l'acnée juvénile jusqu'à ce fauteuil usé où se callait maintenant sa vieillesse. Et elle lisait. Et elle me lisait. Mal, laborieusement, lentement, jusqu'à ce que ses yeux épuisés ferment les volets. Souvent. Mais elle les réprimandait et reprennait... Queues de poissons!
 
Le bonheur qu'elle eut lorsqu'elle reçut le livre que je lui envoyais me bouleversa. Elle m'appela et ses mots là encore étaient justes, précis. Elle m'écrivit souvent. Me confia même quelques-uns de ses écrits en confiance. Elle me martelait à chaque fois comme une incantation : " Ecrivez, écrivez, écrivez, je vous en prie, écrivez!". Dans les moments de doute, je reprenais et reprends encore ses lettres. Elle exagérait ses flatteries et son intérêt à mon égard, mais ça me faisait du bien d'y croire. A la première parution de mon roman "La Plume de l'ange", je lui fis parvenir l'ouvrage. La lettre qui fit suite à mon envoi avait une écriture plus laborieuse et tremblotante, maladroite, mais les mots doux et ensoleillés restaient. Le poignet était douloureux et les yeux pourtant grands ouverts ne voulaient plus de lumière. Elle lut mon livre "deux fois" me dit-elle, avec une loupe et m'écrivit de même. Sa dernière lettre me reste précieuse.

Je n'ai jamais rencontré Eliane. Chaque fois que je voulus la rencontrer, pour lui porter un livre, passer un moment avec elle, lui lire quelques pages, ou l'inviter autour d'une table, elle fuyait, se dérobait, s'ingéniait à trouver des prétextes. Elle n'ouvrait pas sa porte. Ne voulait pas qu'on voit sa vieillesse. Encore mois qu'on découvre son chez elle. Si elle avait su que sans l'avoir vue, je la trouvais tellement belle.

Eliane ne réponds plus. Le téléphone sonne dans le vide. Mes lettres me reviennent. Les siennes n'arrivent plus.

Mon prochain roman, je le confierai à deux anges blancs qui sauront bien la retrouver.

Par MEYER
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A PROPOS

DE "QUEUES de POISSONS" :

 

« Lire Jean-Pierre Meyer est un régal. Peut-être faut-il chercher dans son œil de peintre, de graphiste, cette écriture si visuelle. Pas de descriptions minutieuses et ennuyeuses, non, une écriture coup de plume, de dessinateur, de caricaturiste presque. Et un goût des mots qui donne l’eau à la bouche… « les regards sont picadors », les gardiens de pensionnats « désinfectent les rêves ». Chez lui les jeunes filles « tendent des sourires », la légion d’honneur est « la reconnaissance des reconnus », les ronflements « ferroviaires homologués » et les gros seins « tirent du nez ».

 

Un régal. Des formules qui amusent mais qui ne cachent jamais le fond. Et c’est un fond de tendresse, de sensibilité, de nostalgie douce amère. Aussi, lorsque l‘histoire est bonne… »

  

Dominique Lauzeral

La Dépêche du Midi/Le Petit Bleu

 

 

 

A PROPOS

DE "LA PLUME DE L'ANGE" :

 

 

« De l’humour tendre, une observation chaleureuse, une belle écriture qui met le son et image sur les descriptions, parfois même les odeurs car Jean-Pierre aime bien manger, et il n’en fait pas un secret. J’ai donc acheté « La Plume de l‘Ange ».

 

Et je suis tombée amoureuse d’Enzo, un amoureux improbable mais si vivant, si généreux et vrai qu’on n’a qu’un Enzo pour toute une vie, et que ça suffit pour se dire qu’on a été aimée. Je ne me suis pas identifiée avec Babou, trop jeune, imprudente, audacieuse et curieuse pour que ce soit possible, mais je courais derrière elle avec une grande envie de hurler casse-cou, tout en décidant qu’elle avait l’air de savoir ce qu’elle faisait, après tout. Et puis, Babou bondit dans les montagnes comme un cabri, et moi j’ai un vertige qui fait supposer que tous mes gènes ont toujours vécu sur le sol plat. Je n’ai aucune intention de forcer ma ligne génétique à s’élever ailleurs que sur des chemins bien balisés et pas trop caillouteux. Avec un joli garde-fou et des points de vue avec un ou deux bancs pour souffler un peu.

 

La mère de Babou est charmante et terre à terre, d’un de ces terre-à-terre qui appelle un chat un chat et balance les conventions aux ordures si elles gênent au bon sens. Une dame qui a un bon sens aigu et de la joie à revendre, qui connaît sa fille, et crie casse-cou de concert avec moi.

C’est un roman qui, contrairement à ce que semble annoncer son début avec ce style comédie bien enlevé, s’oriente vite vers quelque chose de bien plus profond et émouvant. L’amour tout simplement, pourrait-on dire. En savourant la noblesse qui rayonne dans ce "tout simplement". J’ai beaucoup aimé et l’ai lu d’une traite »

 

Edmée De Xhavée - Ecrivain-

New Jersey

   

 

 

 

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