Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 18:28

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  Elle avait poussé la porte de mon antre désordonné d'étudiant en exil. La trentaine. Belle. La chevelure frisée, longue, indisciplinée. Un carton à dessin sous le bras. Sans que j'ai eu le temps de prononcer le moindre mot, elle m'a assommé de son discours préfabriqué et mal débité par des sonorités monocordes désolantes. Sortie de prison. Association de réinsertion. Elle peignait et devait vendre ses oeuvres et ainsi prouver par l'engagement de ses "clients" sa capacité à retrouver une vie sociale équilibrée. Son charme touchant lui a évité l'expulsion immédiate de ma vie épuisée d'un sombre et pluvieux lundi d'automne à arpenter les pavés luisants de la capitale. A slalomer entre les merdes de canidés en recherche d'espaces compatibles avec leurs gênes, les savantes trajectoires  des bureaucrates robotisés et réglés, les itinéraires imprévisibles des piles de cartons conduites par des livreurs furieux, les entassements de touristes conglomérés, les têtes vissées vers des merveilles d'un autre temps vantées par un guide pointu comme son accent. Elle a ouvert bien trop gestuellement son carton à dessin sur ce savant "mobile" de cageots du marché, à l'équilibre patiemment composé, qui me servait de table et de bureau, envoyant joyeusement randonner sur le plancher ma tasse de décaféïné suivie de près par la casserole de petits pois gros calibre. Le sourire désolé qui éclaira ses plates excuses me désarma. Je signais illico le traité de paix et allumait le calumet fumant correspondant à l'événement. Mais ses pas maladroits malaxèrent, crépirent, le sol d'une pâte verte diluée au café froid. Composition abstraite du plus bel effet. Les artistes n'ont aucunes limites à leurs émois créatifs instantanés. Aucun respect du bien d'autrui non plus. Je casais calmement la belle dans un coin de ma "suite" de bonne, la suppliant de se muer dans l'instant en bloc de marbre de Carrare. Ma baguette magique et mes incantations n'eurent aucun effet positif sur son énergie. La furie s'obstina à me montrer ses oeuvres. Des reproductions sur carton toilé dont je n'eus aucun mal à retrouver les auteurs malgré mes cours d'histoire de l'art souvent séchés. Ce bout de femme n'aurait eu aucun complexe à essayer de me persuader qu'elle avait peint elle-même le beau portrait de Mona Lisa et qu'elle en avait hélas un peu raté le sourire. Elle poussa la supercherie jusqu'à me détailler techniques et effets picturaux, élégances chromatiques, canons des proportions idéales, perspectives complexes... Son culot monstre me fascina. Moi qui était incapable de trouver une once d'intérêt à mes croûtes désolantes de Poulbots que je bradais sur la butte Montmartre à des touristes pas très regardants, pour me faire quelques sous.  fotolia 1442129

Pas le moindre billet à consacrer à son misérable commerce. Cependant je me lançais sans mesurer les risques dans une entreprise hautement philosophique... qui me coûta in fine mes deux biftons de "secours" planqués dans la caisse de ma guitare. En voici, de mémoire, les termes redondants qui me vinrent de je ne sais où :

 

- ok, vous m'avez convaincue et ce que vous faîte me laisse sans voix. Alors je vais m'orienter vers ce tableau (le plus petit et espérais-je...le moins cher!). Votre démarche de réinsertion est louable et vous avez bien du mérite de frapper ainsi aux portes inconnues. Vous l'avez compris, je suis étudiant et donc peu fortuné. Aussi je me permet d'insister sur le fait que je décide de vous aider en étant en plein accord avec moi-même, c'est à dire que j'ai une confiance absolue dans ce que vous m'avez dit précédemment. Vous m'avez ému et je décide donc de vous apporter ma petite part d'espérance. J'ai toute confiance dans vos propos et dans votre talent. Pourquoi ne l'aurais-je pas? Par contre si de votre côté il y avait une quelconque supercherie, vous devriez l'assumer seule avec votre propre conscience. Et vivre avec. De mon côté je suis heureux d'avoir pu vous aider.

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  Elle me regarda tellement étrangement que je pensais qu'elle allait faire un malaise et me foutre en l'air le peu de choses qui restaient encore d'aplomb dans ma chambrette. Elle sembla un instant décontenancée. Me fixa et tira entre les deux yeux. Me tendit la toile, le document à remplir sur lequel je devais mentionner nom, adresse et certifier que j'avais bien fait l'acquisition de l'oeuvre. Je le remplis. Elle prit les deux billets de cent francs que je lui tendais, ferma maladroitement son carton à dessin et prit la poudre d'escampette. Je l'entendis dévaler l'escalier. Puis plus rien. Le silence épouvantable qui suit la triste prise de conscience du pigeon tout frais. Je me surpris alors à prendre l'air hébété et piteux que j' avais vu sur le visage de la femme précédemment.

Je me traitais de pauvre idéaliste qui venait de se faire escroquer de deux mois de restaurant universitaire! Pour maigre consolation, je possédais désormais une mauvaise reproduction d'un clown de Buffet que j'estimais à...quarante francs dans la moindre carterie de la capitale. Il parait qu'on ne se refait pas! 

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  Quelques jours passèrent au saucisson baguette! Faute de grives...

Puis je vis débouler la belle, un soir de peu de moral. Penaude mais souriante, elle me tendit les deux billets et une boîte de conserve sans un mot. Seuls ses yeux brillants me racontaient que mes paroles moralisatrices n'avaient pas été vaines. Je lui tendis l'ouvre-boîte. Elle me parut bien plus belle que lors de notre piteux marchandage. Sans doute cet air libre et pur qui lui gonflait maintenant les poumons.

 

On a mangé ensemble des boîtes et des boîtes de petits pois à l'étuvée parfois agrémentés de fines carottes dégustées comme d'exquises gourmandises, refait des nuits entières monde, astres et planètes, frotté vigoureusement nos âmes candides en espérant des gerbes d'étoiles, un peu tendrement caressé nos corps aussi... mais ce que je savais, c'est que ce petit bout de femme s'en sortirait magnifiquement dans la vie...

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  Aussi, à chaque fois que je mange des petits pois....

 

 

 

 

 

 

Par MEYER
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Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 19:01

 

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" Il ne faut jamais rencontrer

les gens que l'on déteste

parce qu'on finit par les aimer."

 

Oscar Wilde

Par MEYER
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Mardi 7 septembre 2010 2 07 /09 /Sep /2010 13:05

 

PHOT1

  

 

Du haut des 3059 m des Frondellas, Les sierras espagnoles tiraient leurs barrancos et leurs canyons vertigineux jusqu'aux plaines bénies du Somontano. Le Balaïtous, le Vignemale, le Palas, le Tallion, le Mont Perdu, les pics d'Enfer, la Grande Fâche... mes yeux embrassaient ces horizons magiques. Tant de cimes bleues, d'éclats de pierre jaunes et blanches, d'exploits inutiles, de quête de soi, de l'autre, d'éphémères victoires, de cordées complices, de pas réfléchis et périlleux. Devant moi l'infini, l'espace, l'immensité, la liberté, l'imagination, le rêve, la nébuleuse inconsistance du vide...avec la tentation du pas céleste... Et l'envie de voler. De jouer avec le vent en rafale.De se jouer de la normalité, de la loi de l'apesanteur. De battre des ailes... y croire fort, lever les bras, prendre les ascendances chaudes... respirer et crier. 

 

En bas, plus loin, ailleurs, dans ces espaces bleus, des vies s'agitent, des corps se découvrent, des couleurs se mélangent, des âmes s' enlacent, des lendemains se bâtissent.

 

De là-haut les frontières sont toutes invisibles. Inexistantes. Les hommes sont beaux. Forcément beaux. Simplement parce qu'ils ont un coeur qui bat, des mains qui se tendent, des corps qui s'arqueboutent, des yeux qui se touchent, des larmes qui se mélangent, des sourires qui s'encanaillent, des mots qui hésitent puis se reconnaissent, des caresses qui se posent là et puis là encore. Des gestes qui hésitent, puis dessinent l'arc-en-ciel.  Des soleils pétillants. Fondus dans l'humanité métissée de la grande espérance joyeusement colorée, gourmande des précieuses différences qui portent doucement vers l'échange, le respect et le partage. Les mains qui caressent sont belles. Les coeurs qui embrassent sont forts. Les couleurs qui se touchent sont création, imagination, espoir. 

 

C'est en descendant par les rochers croûlants que ça m'a pris.

 

J'avais laissé mon itinéraire espagnol par le refuge de Respumoso où j'avais passé la nuit, pour m'engager par les lacs d'Ariel et remonter les flancs du Palas jusqu'au refuge d'Arrémoulit.

Sur le versant français, une brume d'abord diffuse, lointaine, anodine. Puis rapidement suspecte, opaque, épaisse...

 

PHOT2

 

Et puis comme une odeur.

 

J'avais laissé un ciel si clair. un air si léger. Des hommes si confiants.

 

Et toujours cette odeur...

 

Une odeur qui se définissait, qui semblait venir de mon enfance, quand mon grand-père Ernest se racontait, qu'il me parlait de ces gars qui voulaient apurer leur pays...

APURER

Cette odeur de vermine que mon nez s'était alors fabriqué...

Je la reconnais des dizaines d'années après.

 

L'odeur se propageait, insidieuse et pénétrante.

Pire, plus je descendais, plus mon pays sentait fort.

Il puait maintenant.

 

Crasseux. Nauséabond.  

 

J'entendais clairement les cris. De la désespérance. De l'injustice. Des enfants. Des femmes. Des vieillards. Des casques alignés, noirs, qui obéissaient, traquaient, . Des casques noirs alignés ne pensent pas. On le fait pour eux.

Des hommes cravattés, engonçés dans leurs sales certitudes chassaient, traquaient, arrêtaient, expulsaient.

Et se gargarisaient honteusement de chiffres abjects. Et de verbes douteux.

Des hommes propres sur eux. Bien entre eux. Avec des noms qui fleurent bon le béret, la baguette, le saucisson. Des noms sans équivoque. Propres eux aussi.

Irréprochables. Responsables. Honnêtes.

 

Je  me suis assis sur la pierre plate qui domine la déchéance humaine.

J'ai songé qu'il était urgent de reconduire à la frontière de la médiocrité, de la bassesse, de la xénophobie détestable

quelques-uns des pantins ridicules qui gesticulent grossièrement sur des extrêmes dangereux et nous servent la mauvaise soupe cramée et indigeste de la sécurité.

Français d'origine...

 

PHOT3

ORIGINE

 

Notre origine est l'amour, l'enlacement, la fusion torride des corps, la chaleur des caresses, la volupté éternelle, les bouches aimantes et pleines, les frémissements des peaux, l'étreinte universelle des êtres. Conception charnelle de l'homme. Libération et premiers cris. Premier baiser de la femme épuisée sur le front humide et neuf. La vie qui nous ensoleille. Respirer. Expirer. Enfin respirer.

 

A Carabane, Bruxelles, Ougadoudou, Sarajevo, Nouatchok, Bali, Paris, Berlin, Budapest ou ailleurs.

 

J'avais les yeux embués de désespérance. J'avais honte.

 

Un papillon est venu de nulle part se poser sur mon âme. Je le connais bien. Ses caresses me sont familières, apaisantes, aimantes. Ses battements d'ailes sur mon corps sont autant d'attouchements délicieux sur mon coeur. D'autres sont arrivés comme des confettis. Tous beaux. Tous différents, de forme, de couleurs, de manière, de voler, de façon de se poser ça et là, d'attirer mon regard, de se jouer des éclats du soleil. Et leurs danses magiques pour me dire d'espérer.

 

Bien d'autres sont arrivés comme autant  de giclées excitées et bruissantes.

Et ce délicieux mélange coloré a déclenché un beau feu d'artifice de diversité pétillante et de douce tolérance...

 

 

papillonB

 

 

 

Par MEYER
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Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /Mai /2010 16:04

 

marcher

"Marcher dix jours avec quelqu'un,

c'est vivre dix ans avec lui."

Jacques Lanzmann

Par MEYER
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 19:59

 

marmote1

 

 

Les démons du ciel avaient décidé de nous compliquer malicieusement l'ascension. Cinq jours que l'on "bataillait" dans les cimes tourmentées et hostiles. Les dieux de la montagne nous avaient pris en grippe, nous assénant des coups de boutoir sans vergogne. Du premier bivouac sous l'orage qui fit chanter nos piolets de feux d'artifice maléfiques, emportant tout sous son passage, duvets, sacs à dos, moral déglingué sous des torrents de boue épaisse. Jusqu'aux errements cahotiques dans les brumes épaisses qui nous firent cents fois rebrousser nos pas hésitants et désorientés. Le Vignemale était encore loin. Encore deux jours à affronter les éléments déchaînés. On le savait pourtant. Seule notre détermination et notre envie commune d'atteindre le glacier d'Ossoue et d'enchaîner le sommet, même dans l'apocalypse continuelle que nous déversait méthodiquement Belzébuth, faisait encore scintiller une étonnante flamèche d'espérance. Bien maigre et vacillante quand même. Cinq jours que nous avions quitté la vallée d'Aspe encore ensoleillée mais aux signes précurseurs du mauvais temps à venir. Mauvaise augure, mais volonté intacte. Pas le choix. Juste la disponibilité de ces quelques jours à suivre pour courir la montagne. La merveilleuse innocence du montagnard. Mon compagnon de tourmente passait son temps à m'interroger continuellement du regard en secouant la tête vers le mauvais temps qui devenait de plus en plus consistant et sans espoir de trouées d'azur bien improbables. Comme pour me dire : "Je t'aime bien petit guide barbu, mais je persiste à affirmer haut et fort qu'on serait mieux devant la grande cheminée de la maison Bergerot, devant une garbure fumante accompagnée d'un vin de Madiran bien rude". Je le sentais, mais ne lui laissait aucune alternative si ce n'est de mettre un pied devant l'autre et...de recommencer! Cette aventure lui devenait pénible, mais sa confiance restait inébranlable et il s'évertuait avec un certain  talent à accorder un semblant de crédit dans mon enthousiasme insensé en un lendemain ensoleillé et sec. Depuis notre bivouac "rafting" du premier soir, nous montions la tente et essayions au mieux de nous protéger pour la nuit. Invariablement les réveils étaient laborieux et hésitants. Invariablement on se posait la question d'un repli sans gloire, sans bruit, à pas feutrés et discrets vers le confort douillet d'un lit épais avec un bon toit bien étanche dessus! In variablement le matin, je m'obstinais à un exercice de motivation psychologique de mon camarade de galère : je tirais la fermeture de la tente et m'écriais joyeusement :

-Jacques lève-toi vite, il y une superbe blonde qui se lave à poil dans le ruisseau!

Elle devint rousse, brune, auburn, chauve, frisée, à longue crinière, taillée en brosse, à bigoudis fluos ou à tignasse folle au fil des jours. Pour éviter toute monotonie. Le dit "Jacques" ne m'éructa bizzarement à chaque fois qu'un grognement bestial qui se perdait dans les profondeurs toutes relatives du duvet que je voyais se lover dans la perspective d'un sommeil imminent qu'il me fallait contrarier au plus tôt.

 

 

marmote2

 

Ce soir là, nous avions décidé, depuis les flancs du Palas qui s'entêtaient à nous refuser l'accès au port du Lavedan, seule brêche accessible dans cette muraille hautaine, pour conjurer le mauvais sort, de descendre notre désespoir versant espagnol à la recherche d'une accalmie ibérique pour reprendre quelques forces et quelque moral de "conquistadors". Dans un brouillard épais et attachant, nous avions après maintes péripéties réussi à atteindre le lac et le refuge de Respumoso que nous devinâmes à peine fier sur son socle de granit dans cette ambiance nébuleuse. Profitant d'un terrain à peu près plat, nous plantâmes, avec une visibilité terriblement réduite, notre "suite montagnarde" que nous enviaient gypaètes barbus et vautours fauves arrogants et moqueurs sur leurs reposoirs de pierre.  Nuit sans lune, sans véritable sommeil, sans draps de satin mais... avec les ronflements ferroviaires homologués de mon acolyte de couche, transformé par une fée malhabile et sans doute débutante en locomotive diesel et fortement grippée.  Pourtant, au petit matin, je sentis un "je ne sais quoi " de nouveau qui me fit chaud au coeur. Comme un rayon de soleil, timide il est vrai, qui venait se poser sur ma tête et signait une trêve bienvenue. Bon joueur. Le coeur se mit à vouloir y croire alors que ma tête appelait à l'extrême prudence. Je tirai la fermeture éclair dans un "zip" chantant la Traviata et de bonne augure.

 

Grand bleu. Grand soleil. Grand moral. Grand... Nom d'un chien, douce vision inespérée d'un rêve délicieux : à quelques mètres, au bord du lac sans ride, sortant d'un igloo jaune comme ses cheveux, une déesse nue m'offrait sa plastique parfaite, ses étirements matinaux et voluptueux avec ces quelques rayons de soleils voyeurs qui venaient s'embirlificoter dans ses cheveux. Je secouais le camarade chef de gare dans ma tirade matinale qu'il me fallait bien plus appuyée, convaincante et crue que de coutume :

-Putain Jacques, viens vite, tu verrais ce cul béni des dieux!

La belle, penchée sur l'eau s'aspergeait joyeusement ce corps libre en rigolant et m'offrait une merveilleuse lune avec deux délicieux quartiers bien dodus et divinement charnus. J'insistai énergiquement auprès du camarade, l'informant par mots choisis et forts du spectacle vivant qu'il était en train de louper...

Quand il se décida enfin à sortir sa frimousse échevelée par le vent de la locomotive, il me traita de noms déplacés que je ne vous rapporterai pas ici.

La belle, tel un canard en apnée, venait de plonger sous l'eau, ne laissant que quelques vaguelettes moqueuses en surface.

Jacques, s'estimant lâchement trompé, repartit s'enfoncer dans sa machine infernale en partance, quai numéro un, pour des rêves bruyants sans même remarquer que le temps, tout comme moi, était enfin joyeux.

J'attendis perplexe. Elle sortit enfin sa tête de l'eau. Et le reste suivit. Et c'était beau. Et je ne regrettais pas d'avoir râté le train de l'ami Jacques!

 

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Quand, quelques minutes plus tard il arriva en gare par l'odeur du café alléché, la teutone magnifique ( oui, j'avais décidé sans même l'entendre parler qu'elle l'était..) était habillée, mais toujours aussi belle. Jacques m'en voulut de n'avoir pas plus insisté pour faire "dérailler" son train! On se calma pourtant tous les deux quand un teuton "tout en muscles" sortit de la tente nu comme un teuton nu. On a beau dire, ça ne fait pas le même effet!

 

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Le lendemain matin, mon camarade de cordée se fit curieusement le plus matinal.

-Et lève-toi grand fainéant, il y a deux rouquines coquines qui se caressent sur le rocher, là, à vingt mètres! Nom de dieu, quelle débauche montagnarde matinale... 

 

C'est bien pour lui faire plaisir que je passais la tête entre les deux rideaux à fermeture éclair matinalement défermeturée. Ne jamais contrarier votre compagnon de jeu, surtout quand c'est lui qui porte le ravitaillement.

 

A quelques jets de mépris et de désespoir, sur une roche plate baignée par les premiers rayons à peine chauds, deux marmottes joueuses, en pleins émois bestiaux, sans doute nues elles aussi... sous leur fourrure polaire épaisse,  s'embrassaient le museau, se caressaient mutuellement le ventre, se donnaient lamentablement en spectacle à un cheminot hilare et fier de son coup.

  

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Par MEYER
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Ils ont dit...

A PROPOS

DE "QUEUES de POISSONS" :

 

« Lire Jean-Pierre Meyer est un régal. Peut-être faut-il chercher dans son œil de peintre, de graphiste, cette écriture si visuelle. Pas de descriptions minutieuses et ennuyeuses, non, une écriture coup de plume, de dessinateur, de caricaturiste presque. Et un goût des mots qui donne l’eau à la bouche… « les regards sont picadors », les gardiens de pensionnats « désinfectent les rêves ». Chez lui les jeunes filles « tendent des sourires », la légion d’honneur est « la reconnaissance des reconnus », les ronflements « ferroviaires homologués » et les gros seins « tirent du nez ».

 

Un régal. Des formules qui amusent mais qui ne cachent jamais le fond. Et c’est un fond de tendresse, de sensibilité, de nostalgie douce amère. Aussi, lorsque l‘histoire est bonne… »

  

Dominique Lauzeral

La Dépêche du Midi/Le Petit Bleu

 

 

 

A PROPOS

DE "LA PLUME DE L'ANGE" :

 

 

« De l’humour tendre, une observation chaleureuse, une belle écriture qui met le son et image sur les descriptions, parfois même les odeurs car Jean-Pierre aime bien manger, et il n’en fait pas un secret. J’ai donc acheté « La Plume de l‘Ange ».

 

Et je suis tombée amoureuse d’Enzo, un amoureux improbable mais si vivant, si généreux et vrai qu’on n’a qu’un Enzo pour toute une vie, et que ça suffit pour se dire qu’on a été aimée. Je ne me suis pas identifiée avec Babou, trop jeune, imprudente, audacieuse et curieuse pour que ce soit possible, mais je courais derrière elle avec une grande envie de hurler casse-cou, tout en décidant qu’elle avait l’air de savoir ce qu’elle faisait, après tout. Et puis, Babou bondit dans les montagnes comme un cabri, et moi j’ai un vertige qui fait supposer que tous mes gènes ont toujours vécu sur le sol plat. Je n’ai aucune intention de forcer ma ligne génétique à s’élever ailleurs que sur des chemins bien balisés et pas trop caillouteux. Avec un joli garde-fou et des points de vue avec un ou deux bancs pour souffler un peu.

 

La mère de Babou est charmante et terre à terre, d’un de ces terre-à-terre qui appelle un chat un chat et balance les conventions aux ordures si elles gênent au bon sens. Une dame qui a un bon sens aigu et de la joie à revendre, qui connaît sa fille, et crie casse-cou de concert avec moi.

C’est un roman qui, contrairement à ce que semble annoncer son début avec ce style comédie bien enlevé, s’oriente vite vers quelque chose de bien plus profond et émouvant. L’amour tout simplement, pourrait-on dire. En savourant la noblesse qui rayonne dans ce "tout simplement". J’ai beaucoup aimé et l’ai lu d’une traite »

 

Edmée De Xhavée - Ecrivain-

New Jersey

   

 

 

 

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