Vendredi 22 avril 2011 5 22 /04 /Avr /2011 13:00

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Il pleurait. Encore une fois Valentin Marmottin pleurait. Non pas à chaudes larmes. Non. Des gouttes tendres qui s'accumulaient quelques secondes au creux de l'oeil avant d'entreprendre une descente à peine sinueuse à travers les petits méandres de la joue. En chatouillant un peu la peau. En en jouant aussi. Il savait qu'arrivées au creux de la bouche il les trouverait sucrées. Des sucs délicieux d'un trop plein d'amour. Il pleurait comme à chaque fois qu'il avait aimé cette femme. Tellement plein d'elle. A ne plus avoir assez d'espace pour respirer. Corps bien trop petit pour accueillir tant d'amour voluptueux et aussi ces mystérieuses et cruelles connivences des âmes. Il ne voulait pourtant pas laisser s'égarer la moindre caresse, le plus infime soupir de ce coeur lumineux, de ce corps qui savait danser l'amour éternel sur des musiques légères. Alors il se gavait de ces yeux verts, ces billes rondes comme deux planètes d'amour et de tendresse. 

Le soleil posait une douce lumière sur les courbes du dos de la belle florentine, plus très jeune non plus mais merveilleusement lumineuse, à la chevelure répandue folle sur l'oreiller froissé. Ses doigts, encore brillants et chauds d'avoir tant caressé tremblaient encore. Encore quelques instants et la paix reviendrait. Comme à chaque fois. Après quelques caprices de son corps malmené. Avec la fatigue de l'âge aussi. Attendre toutes ces années d'amours bâclés et malhabiles avant cet enlacement miraculeux. Mystérieux. Avant ces étreintes démesurées. A  damner  tous les diables. Mais tellement tard. Bien trop tard. Plus assez de temps pour se poser les questionnements indispensables. Pour se fabriquer un semblant d'avenir plein de saisons nouvelles. Des hivers, des printemps, des étés. Les jours lui étaient comptés. Une frêle poignée tout au plus. Alors simplement les habiller de beau et s'envoler. Offrir une fois encore tous ces excès d'encombrante sensualité et cette tendre féminité qu'il avait en lui. Qu'elle avait su aller chercher au fin fond de ses principes d'un autre temps. 

Les jours lui étaient comptés. Son corps le lui rappelait. Sa cervelle feignait de l'ignorer. Pour gagner du temps. Mais les deux devraient bientôt se rendre à l'évidence. Cruelle. Prévisible. Le disjoncteur faisait son possible pour laisser encore les fils connectés, mais fatiguait. En équilibre sur un fil de coton avec un balancier bien trop lourd pour ses bras chétifs. Balancier à droite. Balancier à gauche. Continuer à faire croire qu'il était toujours vivant. Bien positionner ses pieds. Fléchir les jambes. Relever le torse. Assouplir les bras. Pour avancer encore.

Valentin Marmottin sut très tôt qu'il n'était pas totalement de ce monde. De moins en moins. Sans cesse hors saisons. Au-delà des responsables de caniveaux, piètres gestionnaires de nos légitimes espérances, dont l'odeur fétide l'indisposait, il avait maintenant peur de son propre peuple qu'il sentait pourrir consciencieusement. Sentir mauvais. S'infecter. Oublier que la vie est métissage des vies. Il aurait encore voulu leur dire que leur liberté précieuse se fanait... non, trop usé maintenant par les excès d'infernales sambas qu'il avait imposés à son organe de vie, ces excès sans calculs, ces douces folies, ces excitantes incohérences, ces ivresses permanentes. Mais dieu que le monde filait mal...

La femme se retourna. Le vit qui pleurait. Encore une fois. Son sourire était plein de ces fleurs rosées et délicates qui parfument les belles âmes. Elle lui tendit la main doucement et il vint se lover contre son corps. Epousailles immortelles. Ils se serrèrent comme pour se fondre dans un moule unique et éternel. Regardèrent le ciel moutonneux d'où filtrait une lueur ensoleillée et chaude. Apaisante et rassurante aussi. Une plume nouvelle et blanche perça lentement sa chair , comme à chaque fois qu'il mêlait corps et coeurs, pour se ranger tout contre les autres en attendant d'avoir l'envergure pour partir caresser le ventre des anges. Les bras mélangés, leurs coeurs prirent la même allure. Ils quittèrent le sol pour la paix des espaces bénis.

  Il pria pour que l'amour épouse la folie.

 Pour que la folie rencontre à son tour l'impensable...

Là, maintenant.

Avant que son coeur ne puisse plus chanter ni faire son malin.

 

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Chat! Chat... petit Chat tout doux... Beau joueur, son ange gardien épuisé par les frasques déconcertantes du Marmottin l'incarna sans autres réflexions en matou rondouillard et câlin. Au poil soyeux comme la peau ambré de l'amour. Un pelage qui appelait la caresse incessante et les mots chuchotés .

Valentin s'obligea à passer du magret de canard subtilement miellé accompagné de pommes sarladaises dorées... aux croquettes infâmes.

Du Buzet rebelle du domaine du Pech au lait insipide et bien trop blanc, sans aucun espoir d'une quelconque ivresse...

L'éternité était à ce prix.

7 vies à aimer. Sans modération.

  Il savourait déjà sa future vie de chat à se frotter sur ses longues jambes encore tellement belles et pourtant bien fatiguées. Se lover sur son ventre doux en soupirant d'aise. Humer à plein naseau ces effluves de son corps qui le rendaient fou. Anéantissait tous ces efforts de lutte et de survie.  Son parfum épicé aussi. Il savait qu'elle mettrait tant de tendresse à le caresser. Encore et encore. Il prendrait tant de plaisir à s'étirer de tout son long sur la rondeur de ses genoux  où il avait tant aimé poser sa tête et  à étirer son poitrail jusqu'à sa gorge aux poires délicieuses que ses mains et ses lèvres avaient encensées et célébrées dans des symphonies gourmandes. Et surtout ne plus jamais partir.

Ne plus jamais partir.

Ne plus pleurer.

Miauler, aimer et caresser pour l'éternité. 

Bon, restaient quand même les croquettes transgéniquement vitaminées à enfourner! Dur à avaler pour un Valentin Marmottin qui venait de passer des pleurs sucrés et chauds de l'amour absolu aux transpirations terribles de l'effroi permanent (et bien compréhensible)...

...d'une castration totalement navrante!

Jean-Pierre Meyer - "Omarnaka et autres bavardages" - 2011  

Par MEYER
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