Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 20:19


monde
" Je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage.
Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi.
Des odeurs de terre, de nuit et de sel
rafraîchissaient mes tempes.
La merveilleuse paix de cet été endormi
entrait en moi comme une marée.
Devant la nuit chargée de signes et d'étoiles,
je m'ouvrais pour la première fois
à la tendre indifférence du monde."

Albert Camus

Par MEYER
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Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 11:15



bedous

C'était il y a peu. Je fermai la lourde porte de la maison familiale dans ce village de montagne qui m'est cher, pour regagner la plaine de Garonne et le quotidien laborieux. Un attroupement de gens endimanchés encombrait le porche de l'église qui battait ses cloches en couvrant à peine les bavardages. Matinée claire et froide avec juste une légère farine sur les crêtes ensoleillées. Je m'approchai de l'animation matinale et interrogeai un voisin. Jojo était mort. Il y a deux jours. Soixante quinze printemps, étés, automnes et hivers. Et ce dernier qu'il ne connaîtrait pas.

edelweiss
C'était il y a longtemps. Cette lourde maison aspoise n'était pas encore familiale. Nous venions y passer nos vacances et mes parents en louaient une partie. Jojo et sa famille en occupaient une autre. L'homme n'était pas un démonstratif forcené ni même un vantard patenté. Non, un montagnard. De ceux qui font et ne disent pas. Tout ce qu'il y avait de vie dans le village se retrouvait autour du fronton. Comme dans tous les villages basques ou béarnais. Les parties de pelotes animaient les soirées encore chaudes, les bars enfûmés et chantants les clôturaient. J'admirais les jeunes du village qui descendaient ostensiblement de montagne, traversaient la foule des touristes préssée autour de la cancha, en arborant des bouquets d'edelweiss volés aux versants nord du Mailh Abord. Ils étaient tellement fiers et enviés. Et les jeunes filles les admiraient d'une manière que je trouvais bien excessive, en se disant à l'oreille des mots qui font rougir. Et puis aussi cette fillette fluette, au visage doux et giclé de tâches rousses, bien plus grande que moi, mais que je trouvais si belle.

enfants
C'était un lendemain. On avait décidé avec ma soeur cadette d'aller braver les sommets et  d'en ramener la fleur convoitée. On avait longuement fixé la montagne depuis la galerie de la maison en imaginant un itinéraire un peu fou. On avait pris les sentes, traversé des bois et clairières, téméraires et décidés. Mais le sommet était toujours bien trop haut et nos jambes bien trop écorchées par les ronciers pas très coopératifs. Mais nous n'étions jamais montés aussi haut et ça c'était déjà notre victoire. Bon d'accord, nous n'étions qu' à dix minutes du village! On concrétisa notre escapade par l'achat, avec nos économies, dans le grand bazar de souvenirs de la place, d'une carte postale avec deux vrais édelweiss collés dessus... qu'on s'ingénia à délicatement désolidariser de son support pour qu'il devienne notre trophée. Le récit  aux détails excessifs, lors du repas du soir, ne sembla pas convaincre nos parents qui se montrèrent pourtant bon public en plaignant nos corps marqués par l'aventure (surtout nos jambes rayées de carmin), admirant notre bravoure et nos fleurs...séchées sur lesquelles étaient encore crôutées quelques traces...de colle! 

vache
C'était un soir d'été. Sur la pierre qui longe la façade de la maison, les gens se réunissaient pour prendre le frais, des nouvelles, en prendre, en donner, parler même si l'on n'avait rien à dire. Il y avait toujours quelques conversations à inventer ou commenter... le temps changeant, l'étape du Tour de France, la mauvaise pêche, le gave trop haut, la montagne... les sujets ne manquaient pas. Comme tous les soirs, j'écoutais les blagues de mon père, la taille des truites inimaginables de Joseph... Jean arrivait des prés en ramenant les quelques vaches qui n'étaient pas en estives. Elles s'abreuvaient un peu à la fontaine et déposaient quelques bouses délicates en passant devant nous. Gracieuse racontait sa journée au regain avec ses mots joyeux et s'apprêtait à aller tirer le lait. Jojo écoutait aussi. jamais grand chose à dire. Un peu assis à l'écart. Ce soir là pourtant il m'avait fixé dans les yeux. Il m'avait toisé d'une manière insistante qui m'avait, je m'en souviens encore, fortement mis mal à l'aise et gêné. Il avait dit de sa voix rocailleuse mais claire qu'il partait le surlendemain "aux édelweiss" avec ses deux enfants, Marc et Chantal, qu'il emmenait pour la première fois. " Si tu as des jambes...on part à quatre heure!" m'avait-il lançé sans fantaisie. Paniqué et écarlate, j'avais cherché le regard salvateur de mon père qui s'amusait au contraire de la situation, songeant sans aucun doute aux deux fleurs sèches qui trônaient lamentablement sur la cheminée.

famille
C'était ce matin là. Pas dormi de la nuit. J'espérais une tornade, une tempête de neige, un orage, des rafales de pluie, une invasion de sauterelles, une folle attaque des ours... Mais non. Jojo frappa à la porte. Quatre heures du matin. Comme convenu. Il faisait grand beau. Ma mère m'avait préparé le sac. Je l'avais embrassée. Je la sentais inquiète. "Vous savez, il n'a jamais fait...". Alors, il l'avait rassurée avec des mots simples et tellement posés. Déjà on descendait l'escalier en se chamaillant un peu avec les enfants. Sans doute pour exorciser l'appréhension. Nous sommes passés au fournil, prendre du pain. Le boulanger était à l'ouvrage et pétrissait déjà. Il nous donna deux pains bien galbés, discuta un peu avec Jojo et reprit son ouvrage. On s'engagea par la rue Biscarce endormie. On alluma les lampes. On commença à grimper par la sente bordée de buis. A l'endroit précis où l'on avait rebroussé chemin, je pensais affectueusement à ma soeur encore endormie au village. Puis le bois interminable. Puis les lacets à découvert. Puis les trois abreuvoirs. Puis la cabane du berger. Puis...

grimpeuse
Mes jambes un peu folles et excitées avaient maintenant pris le rythme lent des pas du montagnard. Le jour mît du temps à se lever. Jojo s'arrêtait souvent et parlait de la montagne. Simplement. Je n'avais jamais entendu autant sa voix. Je trouvais alors, du haut de mes dix ans, que tout était en accord. La beauté de la montagne, les pas de l'homme, sa voix, ses mots, nos petites têtes qui étaient en train de se fabriquer des rêves, des histoires tellement belles à raconter. Il nous regardait souvent et sentait si il devait temporiser l'ascension ou poursuivre encore un peu. On marcha des heures, interminables, belles, uniques, inoubliables, magiques. De celles qui tapissent de beau à jamais vos âmes d'enfants. Au sommet, on respecta le silence de l'homme. Assis tout près de lui, les yeux perdus vers ces abîmes immenses, des mots me vinrent à l'esprit comme des prières que je gardai à jamais pour moi. Personne ne vît non plus ces gouttes de bonheur qui prirent le doux sentier de mes joues.

grimpeur-copie-1
C'était cette après-midi là. Jojo, avec l'agilité d'un isard, cueillait sur les roches du versant nord, au-dessus du vallon de Gey les fleurs aux étoiles d'argent. Nous l'attendions bien en sécurité sur une vire herbeuse. Il remonta et nous confia le bouquet ouaté que l'on se partagea. Quand mes yeux rencontrèrent les siens, je sus que j'étais devenu un petit montagnard. Les miens lui offrirent tant de reconnaissance...

garçon
C'était cette soirée là. Le fronton s'animait aux coups de palas des pelotaris. La foule bariolée s'enthousiasmait, encourageait, vibrait. Chantal, Marc et moi, traversâmes fourbus cet espace bruyant, serrant fièrement dans nos mains les édelweiss de Jojo qui était resté discrètement en retrait  discutaillant çà et là, et s'amusait des réflexions admiratives des touristes à notre égard. En passant à l'angle de l'église, une fillette fluette, au visage doux et giclé de tâches rousses m'offrit des yeux tellement pleins d'étoiles...





Par MEYER
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 20:41
angelot



"Le paradis n'est pas sur terre
mais il y en a des morceaux."

Jules Renard

Par MEYER
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 18:13


ENFANTpapil
Lauréate de la Blogosphère TV5 Monde! Rien que ça! Madame De Xhavée nous a fait la surprise à Kate Millie et moi-même de nous faire participer indirectement à son succès tellement mérité. Son coup de coeur pour nos deux romans, ses mots savoureux et tendres à leur égard sonnent pour nous comme un cadeau délicat et sucré.
Chloé des Lys, recèle de talents. C'est maintenant une évidence. Le comité de lecture s'il est intransigeant sur la qualité de l'écrit est novateur et ouvert sur le genre. Pas de ligne éditoriale réductrice mais un fonctionnement au "coup de coeur". Voilà récompensée la véritable création littéraire, bien loin des "canons formatés" de l'édition spectacle. Ecrire, c'est être libre. Cette maison d'édition est en train de semer sur le monde littéraire des graines folles qui annoncent un printemps délicieux. Prémices "d'un véritable mouvement littéraire" comme le prédit Bob. Diversité, richesse, ouverture, vérité de l'écrit. Ces magnifiques trublions qui défient avec bonheur les lois des best-sellers  rutilants, affichés, encencés, fardés, imposés, sont garants d'un respect du lecteur. Celui de le laisser libre de découvrir les mots qui vont le temps de quelques pages, le porter ailleurs. Vous, nous, devons leur dire par nos comportements et nos choix littéraires qu'ils ont notre soutien de lecteurs libres. Laurent Dumortier, géniteur de Chloé, à eu cette belle folie visionnaire. Des grappes d'auteurs en devenir et pleins d'espérances lui doivent à lui et son incroyable équipe, de pouvoir tous ensemble, et chacun à sa manière "un peu et simplement" exister. Allez picorer sur le site de l'éditeur, sur le webzine de Bob référencé ci-contre et bientôt, à compter du 7 février, sur Actu/Télé et ses émissions culturelles. Tentez, osez, découvrez, partagez...et lisez! lisez! LISEZ!

C'est par notre diversité, nos échanges, notre liberté de mots, notre créativité, notre envie de découvrir, notre curiosité que tous ensemble nous rendrons Chloé plus désirable encore. ALors encore merci Edmée pour ces lignes :

"Je n’ai pas beaucoup le temps de lire ici. En français, de plus, c’est un luxe, un plaisir que je savoure comme bon un verre de vin. Ou tiens, pourquoi pas, comme un toast à la moëlle, délice que j’adorais dans mon enfance, et je crois interdit en Europe. Ici, on peut encore en manger, et même si c’est une gourmandise bien périlleuse, je n’y ai pas renoncé.

 Des livres en français, je n’en achète que lorsque je rentre en Europe, et encore, pas beaucoup à cause du poids – il faut aussi penser aux chocolats !  Ou alors, je commande chez Chloé des lys dont je découvre les autres auteurs après avoir apprécié leurs réparties sur le forum, lu leurs interviews sur la partie Who’s Who d’Actu, et constaté leur talent sur leurs blogs ou websites.

J’ai donc récemment « craqué » pour deux auteurs.

 

Jean-Pierre Meyer n’est pas un grand bavard sur le forum, mais ses interventions sont toujours savoureuses et discrètes. Bien sûr, ma curiosité s’est incendiée quand il a sobrement mentionné avoir acheté, lu et même aimé Les romanichels. Un coup de spot sur la vanité fait toujours plaisir. Aussi j’ai été fureter sur son blog et ai beaucoup aimé ce que j’y trouvais. De l’humour tendre, une observation chaleureuse, une belle écriture qui met le son et image sur les descriptions, parfois même les odeurs car Jean-Pierre aime bien manger, et il n’en fait pas un secret. J’ai donc acheté La plume de l’ange.

 
Et je suis tombée amoureuse d’Enzo, un amoureux improbable mais si vivant, si généreux Plume de l'angeet vrai qu’on n’a qu’un Enzo pour toute une vie, et que ça suffit pour se dire qu’on a été aimée. Je ne me suis pas identifiée avec Babou, trop jeune, imprudente, audacieuse et curieuse pour que ce soit possible, mais je courais derrière elle avec une grande envie de hurler casse-cou, tout en décidant qu’elle avait l’air de savoir ce qu’elle faisait, après tout. Et puis, Babou bondit dans les montagnes comme un cabri, et moi j’ai un vertige qui fait supposer que tous mes gènes ont toujours vécu sur le sol plat. Je n’ai aucune intention de forcer ma ligne génétique à s’élever ailleurs que sur des chemins bien balisés et pas trop caillouteux. Avec un joli garde-fou et des points de vue avec un ou deux bancs pour souffler un peu.

 

La mère de Babou est charmante et terre à terre, d’un de ces terre-à-terre qui appelle un chat un chat et balance les conventions aux ordures si elles gênent au bon sens. Une dame qui a un bon sens aigu et de la joie à revendre, qui connaît sa fille, et crie casse-cou de concert avec moi.

 

C’est un roman qui, contrairement à ce que semble annoncer son début avec ce style comédie bien enlevé, s’oriente vite vers quelque chose de bien plus profond et émouvant. L’amour tout simplement, pourrait-on dire. En savourant la noblesse qui rayonne dans ce "tout simplement". J’ai beaucoup aimé et l’ai lu d’une traite. 
 

Le second roman, encore chaud de la presse, est celui de Kate Milie. Kate, depuis qu’elle a mis le nez dans le forum, c’est comme si on avait débouché le champagne. Des bulles de rires et de bonne humeur, des réparties qui font pchhhhht, une solide culture sur les sujets qu’elle aborde. Et tous ces magnifiques avatars art déco. Classe et gaieté.

Belle epoque
Une belle époque, retenez ce titre. Kate arrive à utiliser un décor tout à fait actuel – l’internet – pour nous parler d’une belle époque translucide comme un vitrail, lumineuse et gaie. Les conversations sont fluides, soutenues par un langage soigné qui ondoie comme un ruban ou une mèche de cheveux au vent, en coup de fouet comme le style art déco. La curiosité du lecteur est accrochée tout de suite, titillée, trompée, ranimée tout au long du récit. Les surprises se succèdent, les questions se superposent, l’Histoire s’en mêle, ainsi que l’histoire de l’Art, le tout subtilement mêlé aux joies et inconnues des forums ou salons de discussion sur Internet.

 

  Que l’on ne se laisse pas décourager par le point de départ très moderne que Kate Milie a choisi. On est loin de s’abîmer dans le monde des abréviations douteuses et d’une orthographe massacrée, que nenni ! Les personnages qui apparaissent dans ce salon de discussion et le forum le font avec grâce et même, une recherche de vocabulaire qui aurait mis Voltaire à l’aise. Et, habile metteur en scène, Kate leur donne tant de vie qu’ils semblent lui tirer leur révérence et agir pour leur propre compte. Pour notre plus grand plaisir. Voyez donc ici ce que Carine Laure-Desguin – dont le livre, presque prêt, est attendu avec impatience - , qui l’a lu avant moi, en dit avec ses mots et son éloquence !

 

  Quand on a refermé l’ouvrage, les questions continuent de partir et revenir sur un air de valse viennoise. Et Klimt a gagné de nouveaux adeptes !

Par MEYER
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /2009 20:04


filledeb

J'avais d'abord étendu de grands draps blancs roulés et plissés. De la mousse du bois, des brindilles, des boules de houx, fait des sentes caillouteuses et mis du papier rocher recouvert de farine. La cabane de bois camouflée sous quelques branchages. J'y avais mis de la paille pour accueillir l'enfant et le boeuf et l'âne qui piaffaient. Impossible de mettre la main sur Marie et Joseph qui devaient être au fond du carton sous les boules, les brillants, les guirlandes, les anges, les étoiles dorées. Des moutons à paccager, des bergers colorés et vigilants, la gitane, le remouleur, l'aveugle, le maréchal ferrant, le ravi, la femme à la cruche... j'avais mis en scène ces santons qui semblaient vouloir discutailler. Ils en avaient le droit. Quelques jours par an. Quand je les sortais de leurs emballages.
Et ils savaient rattraper le temps perdu les bougres. 
Les enfants dormaient. La maison était paisible. Demain leurs yeux se feraient des histoires en parcourant les recoins de la crèche, les chemins, la mare faite avec le petit miroir bordé de verdure, les cachettes sous la mousse. Ils bougeraient les personnages, les amenant vers des aventures profanes assurément éloignées du contexte de la Nativité. Pour eux seuls...
Assis en tailleur, un peu en recul, je contemplais le paysage éphémère. Fier de moi. Ou pas loin. 
La voix d'enfant pourtant posée et douce me fit sursauter.
-C'est très beau, mais le lit est un peu petit! Je vais tout te mettre en pagaïlle. Bon je me ferais réduire!
Une enfant bouclée, en chemise de voile blanche se tenait plantée là, les mains sur les hanches. Comme une grande, sûre d'elle.

- Mais d'où sors-tu?
- Peu importe d'où je sors...
- Ben si... quand même!
- Ben non...voilà tout!
J'avais les yeux tellement écarquillés que je les imaginais rebondir par terre et s'en aller jouer avec les boules rouges et argentées alignées sur le plancher. Du bowling de Noël.
- Bon, fais pas cette tête là, je vais pas te manger, j'aime que les kinders surprises!
- Ah bon... c'est vrai que je suis pas forcément un cadeau! Et tu fais quoi chez moi?
- Chez toi ou ailleurs, je me promène et vais voir les crèches qu'ils m'ont bidouillées les bricolos de la Nativité... je suis en quelques sortes en mission et cette nuit, c'est chez toi!


Je commençais à joyeusement transpirer et à pincer ma joue jusqu'au sang.
- T'inquiète pas, je vais pas rester. je te l'ai dit, le lit est trop petit et puis alors tu m'as foutu de la paille partout. Ca gratte les fesses.  Tu t'y coucherais toi dans ce truc? Et puis, t'as vraiment mis trop de farine sur ta crèche, franchement t'aurais mieux fait de faire des tartes avec. C'est du gâchis. Bon je te mets un sept sur dix. C'est parce que t'as une bonne tête et parce que je t'ai foutu la trouille. Parce que ta crèche... c'est plutôt moyen moyen. Bon allez je vais voir les voisins. Bye!
- Eh attends un peu... T'es quand même pas le...
- Le quoi?
- Ben le... tu sais bien... si tu veux aller roupiller dans ma crèche... c'est peut-être que t'es le...
- Bon sois clair Alfred!... non je suis pas le... mais bon je travaille pour lui. Sauf que j'ai pas mis mes ailes blanches parce que je suis partie un peu vite, mais bon, normalement je les ai. Autre question?
- Et tu peux faire quelque chose pour moi ou faut que je demande encore au boss? Parce que lui, il écoute pas trop!
- Ca dépend du taff!
- Bon je te le dis à l'oreille...

La petite était superbe. Mignonne à croquer. Je lui levais sa grappe de boucles blondes pour atteindre l'oreille.
Je chuchotais. Du moins au début parce que l'idée m'excitait tellement que je finis par crier un peu.
- Non, mais t'es pas bien Alfred! Tu te rends compte de ce que tu me demandes?
- Ben c'est Noël, allez lâchez-vous un peu là-haut... c'est toujours pareil ici en bas...le père Noël, les rennes, le traîneau, la crèche, la bûche, les chocolats, l'indigestion, le cholestérol...
- Ah oueh mais alors là tu me demandes un sacré truc, faut que j'en réferre là-haut... t'imagine pas le bazar!
- N'en fais pas un plat non plus, c'est juste  comme ça. Si tu peux pas, tu peux pas! N'en parlons plus. je croyais que t'avais un peu de pouvoir, mais bon, c'est vrai que t'es encore petite! Bon oublies mes bêtises...
Le petit ange fut piqué au vif et je vis à ses pommettes qui prenaient de la rougeur, sa bouche tordue et ses yeux qui tiraient vers le bas que j'avais fait mouche!
- Bon tu veux quoi comme couleurs?
- Toutes, je les veux toutes, et des mélanges aussi, et des brillantes, et des scintillantes, et des...
- Oh là mon gaillard... j'ai jamais fait ça moi... sais même pas si ça va marcher!


ENFANTSOUFFLE


Elle ouvrit ses petites mains et découvrit une petite boîte brillante. Elle souffla dessus et la boîte s'ouvrit libérant des milliers de petits papillons magiques de toutes les couleurs qui n'en finissaient pas de sortir en dansant des ailes. Elle souffla vers la fenêtre qui s'ouvrit à son tour en aspirant dans la nuit étoilée les nuages multicolores. Elle riait comme une enfant espiègle et contente du bon coup qu'elle venait de réussir.

- Pétard de pétard...ça marche! T'as vu ça Alfred?
Oui, j'avais vu ça! Et je sus que demain serait formidable quand un petit papillon vert pomme vint se poser sur mon épaule et qu'aussitôt toute ma peau s'illumina en couleur de printemps!
Les papillons travaillèrent d'arrache-pied toute cette sainte nuit et au matin les hommes s'étaient levés la peau joyeusement teintée par les insectes coloristes du bon dieu. Passé l'instant de compréhensible panique, le monde s'en amusa. On trouva un pape tout rose comme un préservatif, un président caca d'oie prêt à être embarqué en charter pour l'Afganisthan, des boulangers jaunes, des peintres bleus, des soldats oranges, des banquiers violets, des communistes rouges, des politiques marrons, des noirs jaunes, des jaunes noirs, des peaux-rouges verts, des enfants multicolores partout qui jouaient à la ronde...

Mon angelot sautait partout avec moi! Content de lui.
Puis la tristesse nous gagna. On vit chacun se rapprocher des gens de la même couleur qu'eux, d'abord hésitants. Puis se rassembler  ouvertement en se mettant en files monochromes. Les rouges avec les rouges. Les bleus avec les bleus. Les roses avec les roses... et ainsi de suite. Chaque groupe semblait s'invectiver hostilement du doigt.
- Nom d'un chien, ça va pas recommencer! Ils n'ont encore rien compris!


Alors les files colorées se rapprochèrent doucement, se colèrent l'une à l'autre en riant, s'étirèrent harmonieusement, s'ondulèrent sans bousculade, s'arc-boutèrent joliment jusqu'à composer le plus magnifique des arcs-en ciels...



fotolia_2108087.jpg


Belle année pleine de couleurs et d'espérances.

Par MEYER
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